le Siège de Poitiers (1569), un épisode majeur des guerres de religion
Au XVIᵉ siècle, la France est profondément marquée par les guerres de religion, un conflit opposant catholiques et protestants pour le contrôle politique et religieux du royaume.
C’est dans ce contexte de tensions que se déroule le Siège de Poitiers, du 24 juillet au 7 septembre 1569, durant la troisième guerre de religion. La ville, fidèle au roi Charles IXet au catholicisme, fait face à l’assaut de l’armée protestante dirigée par Gaspard II de Coligny.
Grâce à la détermination de ses défenseurs et aux renforts catholiques, Poitiers réussit à repousser les assaillants, infligeant un échec décisif aux huguenots et inscrivant durablement cet épisode dans l’histoire militaire et religieuse de la cité.
Les guerres de religion en France au XVIᵉ siècle
Les guerres de religion françaises opposent, de 1562 à 1598, les catholiques, soutenus par la monarchie des Valois, et les protestants, aussi appelés huguenots. Les souverains de la maison de Valois, notamment Charles IX, ainsi que sa mère Catherine de Médicis, combattent fermement ce qu’ils considèrent comme l’hérésie protestante. Ils sont appuyés par le pape, le roi d’Espagne et de grandes familles catholiques telles que les Guise et les Lorraine.
Du côté protestant, les figures majeures sont Louis Ier de Bourbon-Condé, la reine de Navarre Jeanne d’Albret, son fils Henri de Navarre (futur Henri IV) et l’amiral Gaspard II de Coligny, chef militaire influent du camp huguenot.
Le Poitou et Poitiers : une position stratégique
La région du Poitou occupe une place stratégique majeure en raison de sa proximité avec La Rochelle, devenue à partir de 1567 la principale place forte protestante du royaume. Poitiers, ville épiscopale et parlementaire, reste solidement catholique malgré plusieurs tentatives de basculement protestant, notamment en 1562.
À l’été 1568, les chefs protestants, menacés par les armées royales, se réfugient à La Rochelle. Les provinces de l’ouest du royaume deviennent alors un théâtre d’affrontements réguliers. Après la mort de Condé lors de la bataille de Jarnac en mars 1569, Coligny prend la tête de l’armée protestante, renforcée par les jeunes princes Henri de Bourbon-Condé et Henri de Navarre.
Les forces militaires en présence lors du Siège de Poitiers
La défense de Poitiers compte : 3 000 à 4 000 hommes entre soldats, cavaliers et civils armés.
Le gouverneur du Poitou, comte de Lude, est renforcé par Henri Ier de Lorraine et son frère le marquis de Mayenne, avec 800 cavaliers dont 400 lanciers italiens.
Face à eux, l’armée protestante de Coligny est beaucoup plus nombreuse : 10 000 fantassins et 8 000 à 9 000 cavaliers, soutenus par une puissante artillerie.
Le déroulement du Siège de Poitiers (1569)
À partir du 26 juillet 1569, Coligny installe son camp autour de Poitiers et commence le siège avec tranchées, buttes de tir et pont sur le Clain. Les premiers tirs d’artillerie atteignent le château dès le 27 juillet. En août, plusieurs brèches sont ouvertes, mais les assauts échouent au pont Saint-Cyprien et au moulin de Tison, grâce à la résistance des Poitevins qui utilisent projectiles et pièges. À la fin du mois, les protestants atteignent les abords de l’église Sainte-Radegonde, mais leur progression est ralentie par la dysenterie et la solidité des défenses.
Levée du siège et conséquences du Siège de Poitiers (1569)
Début septembre, les Poitevins remportent une sortie victorieuse, et le 7 septembre 1569, Coligny lève le siège pour porter secours à Châtellerault. La ville célèbre sa délivrance par une procession d’action de grâces, à l’origine de la Saint-Clouaud, fêtée chaque 7 septembre jusqu’à la Révolution.
Certaines destructions restent définitives, comme l’abbaye Saint-Cyprien, et les traces des boulets de canon sont encore visibles sur le chevet de la cathédrale. Pour les protestants, cet échec est suivi, le 3 octobre 1569, par une lourde défaite à la bataille de Moncontour.
Mémoire des combats : impacts visibles dans Poitiers
Le siège de Poitiers a laissé des traces matérielles durables dans la ville : on peut encore observer les impacts de boulets tirés par les troupes protestantes sur les murailles, sur certaines maisons de la Grand’Rue, ainsi que sur le chevet de la cathédrale.

Louis Boudan, Vue arrière de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers, 1699

Impact sur l’arrière de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers
