Église Sainte-Radegonde de Poitiers

Église Sainte-Radegonde de Poitiers : histoire et pèlerinage

L’église Sainte-Radegonde de Poitiers est l’un des monuments religieux majeurs de la Nouvelle-Aquitaine. Fondée au VIᵉ siècle par la reine franque Sainte Radegonde, elle abrite toujours son tombeau et demeure un haut lieu de pèlerinage chrétien. À la croisée de l’art roman et du gothique angevin, cette église classée Monument historique témoigne de quinze siècles d’histoire religieuse, politique et artistique, intimement liés au destin exceptionnel de Sainte Radegonde, figure spirituelle majeure du haut Moyen Âge.

Un monument devenu emblématique de Poitiers

Église Sainte-Radegonde à Poitiers

Située entre la cathédrale Saint-Pierre et la rivière du Clain, l’église Sainte-Radegonde occupe une place centrale dans l’histoire de Poitiers.

Plus qu’un simple édifice religieux, elle est le symbole de la naissance du christianisme poitevin médiéval et du rayonnement spirituel de la ville à partir du VIᵉ siècle.

Sa notoriété repose autant sur son architecture remarquable que sur la présence du tombeau de Sainte Radegonde, sainte patronne de Poitiers.

Église Sainte-Radegonde (Auteur : Juanjocas68)

Origine et fondation de l’église Sainte-Radegonde

L’église est fondée au VIᵉ siècle sous le nom de Sainte-Marie-hors-les-murs. Elle est construite à l’extérieur de l’enceinte gallo-romaine, conformément à la tradition antique interdisant les sépultures intra muros pour des raisons sanitaires.

L’édifice sert alors de lieu funéraire, notamment pour les religieuses de l’abbaye Sainte-Croix.

En 587, à la mort de Radegonde, fondatrice de l’abbaye, son corps est inhumé dans cette église. Dès lors, le sanctuaire prend définitivement le nom de Sainte-Radegonde, devenant un lieu de dévotion majeur.

Sainte Radegonde : une reine devenue sainte

Origines et destin royal

Sainte Radegonde est née au début du VIᵉ siècle, princesse d’origine germanique, fille d’un roi barbare. Capturée très jeune lors d’un conflit entre royaumes francs, elle est mariée de force à Clotaire Ier, fils de Clovis.

Bien qu’elle devienne reine des Francs, Radegonde rejette la violence et le faste de la cour mérovingienne.

Une vocation spirituelle exceptionnelle

Profondément chrétienne, elle choisit une vie d’ascèse, de prière et de charité. Elle finit par quitter le palais royal, un geste radical et exceptionnel pour une reine de son temps.

Avec l’appui de l’Église, elle fonde à Poitiers le monastère Sainte-Croix, considéré comme l’un des premiers monastères féminins d’Europe occidentale.

Sainte-Radegonde à Poitiers

Une figure majeure du christianisme

Par son exemple, Sainte Radegonde devient un modèle de foi, de renoncement et de compassion. Elle attire autour d’elle une communauté de femmes consacrées à la prière et à l’étude, contribuant à faire de Poitiers un centre religieux de premier plan. Après sa mort, des miracles sont rapportés sur son tombeau, renforçant sa renommée et son culte.

L’évolution historique de l’église au Moyen Âge

Au fil des siècles, l’église est agrandie et reconstruite à plusieurs reprises. Après l’incendie de 1083, un vaste chantier roman est lancé. Le chevet, la crypte et le clocher-porche datent principalement des XIᵉ et XIIᵉ siècles. La nef gothique est ajoutée au XIIIᵉ siècle dans le style gothique angevin, proche de celui de la cathédrale Saint-Pierre de Poitiers.

L’église devient à la fois paroissiale et collégiale. Des chanoines assurent la prière quotidienne auprès du tombeau de la sainte, soulignant l’importance spirituelle du lieu.

Architecture remarquable de l’église Sainte-Radegonde

L’intérieur de l’église Sainte-Radegonde frappe par son harmonie et sa verticalité.

Le chevet roman

Le chevet est l’un des plus élégants du Poitou roman. Il se distingue par :

  • une crypte éclairée,
  • un déambulatoire avec chapelles rayonnantes,
  • une abside à sept pans annonçant l’art gothique.

Le clocher-porche

Le clocher porche de l’église Sainte-Radegonde à Poitiers

Le clocher-porche roman est un élément emblématique de l’église.

Il se développe sur plusieurs niveaux, passant du plan carré à l’octogone, et présente une riche décoration sculptée, dont des modillons et des reliefs du Christ en majesté.

Relief de Christ en majesté dans le porche de l’église Sainte-Radegonde à Poitiers. (Auteur : Codex)

Les vitraux

L’église Sainte-Radegonde de Poitiers possède de remarquables vitraux médiévaux sur le côté nord de la nef.

La principale verrière, datée de 1270, représente la vie et la Passion du Christ et fut offerte par Alphonse de Poitiers.

D’autres vitraux sont dédiés à Sainte Radegonde et à saint Blaise, soulignant l’importance du culte de la sainte.

La salle capitulaire, ou chapelle Marie-Madeleine, accolée au mur sud de la nef, date de la fin du XIIᵉ – début XIIIᵉ siècle.

De style gothique angevin, elle se distingue par sa voûte à huit nervures et servait d’oratoire aux chanoines.

Vitrail et statue dans l’église Sainte-Radegonde de Poitiers

Vitrail et statue dans l’église Sainte-Radegonde de Poitiers (Auteur : Ovoid)

La nef

La nef gothique, reconstruite au XIIIᵉ siècle, offre un espace lumineux et élancé. Elle est couverte de voûtes à liernes, caractéristiques du gothique angevin, et ornée de vitraux exceptionnels retraçant la vie du Christ et celle de Sainte Radegonde.

Culot, soit base de nervure. (Auteur : Codex)

Le choeur

Église Sainte-Radegonde (Auteur : Whn64)

Le chœur roman de l’église Sainte-Radegonde se termine par une abside heptagonale entourée d’un déambulatoire et de chapelles rayonnantes. Il conserve de beaux chapiteaux sculptés typiques de l’art roman poitevin et des voûtes en plein cintre. Au XIXᵉ siècle, le chœur a été enrichi de peintures murales et de vitraux mettant en scène le Christ, la Vierge et Sainte Radegonde, soulignant l’importance spirituelle de la sainte dans l’édifice.


Chapiteau dans le choeur de l’église Sainte-Radegonde (Auteur : Codex)

La crypte

La crypte, cœur spirituel de l’église, abrite le tombeau de Sainte Radegonde, situé à l’emplacement présumé de son ensevelissement en 587. Ce lieu reste aujourd’hui encore un important espace de prière et de pèlerinage, attirant fidèles et visiteurs

la crypte est réaménagée tout au long du xixe siècle. Pour faciliter circulation autour du tombeau, un escalier d’accès à la crypte est aménagé sous le chœur. (Auteur : VBillaudeau)

L’orgue

Un orgue est attesté dans l’église Sainte-Radegonde depuis le Moyen Âge, mais les premiers instruments furent détruits lors des guerres de Religion puis pendant la Révolution française.
L’orgue actuel est installé à la fin du XIXᵉ siècle, sur une tribune conçue par l’architecte Jean Formigé, avec un buffet de style néo-gothique. Endommagé au cours du XXᵉ siècle, l’instrument a été entièrement reconstruit et inauguré en 1997.

L’orgue de l’église Sainte-Radegonde à Poitiers

Orgue de l’église Sainte-Radegonde de Poitiers. (Auteur : Arseni Mourzenko)

Aujourd’hui, avec ses 53 jeux et 4 claviers, l’orgue permet l’interprétation d’un large répertoire, du Moyen Âge à la musique contemporaine.

Les tableaux et le mobilier artistique

La nef abrite une importante série de tableaux du XVIIᵉ siècle, consacrés à des scènes de l’Évangile et à plusieurs figures de saints. On y trouve notamment :

  • L’Annonciation
  • L’Adoration des bergers
  • La Présentation au Temple
  • La Cène
  • La Crucifixion
  • Saint Sébastien
  • Saint Charles Borromée
  • Le Miracle des Avoines, attribué à Sainte Radegonde

Ces œuvres, de dimensions similaires, semblent appartenir à un même ensemble pictural, probablement réalisé par un atelier unique.

La statue de la Vierge à l’Enfant du Pont Joubert

La statue de la Vierge à l’Enfant du Pont Joubert à Poitiers

L’église conserve également la statue de la Vierge à l’Enfant du Pont Joubert, installée à l’origine vers 1705 par Saint Louis-Marie Grignion de Montfort. Elle commémorait le siège victorieux de 1569 et portait l’inscription :

« Si l’amour de Marie
Dans ton cœur est gravé
En passant ne t’oublie
De lui dire un Ave »

Après la destruction de sa chapelle en 1900, la statue fut déplacée à plusieurs reprises avant d’être installée définitivement dans le déambulatoire de l’église Sainte-Radegonde.

Statue du Pont Joubert (Auteur : Ovoid)

Les guerres, la Révolution et la renaissance du sanctuaire

L’église subit de graves destructions lors des guerres de Religion en 1562, lorsque les huguenots saccagent l’édifice et profanent le tombeau. La Révolution française entraîne également la dispersion de nombreux éléments liturgiques.

Cependant, au XIXᵉ siècle, l’église connaît une véritable renaissance. Le pèlerinage est restauré, la crypte réaménagée, les peintures et vitraux renouvelés. En 1862, l’église Sainte-Radegonde est classée Monument historique, garantissant sa protection.

Le pèlerinage à Sainte Radegonde

Depuis le Moyen Âge, le tombeau de Sainte Radegonde attire des milliers de pèlerins venus implorer guérison et protection. Aux XIIIᵉ et XIVᵉ siècles, les récits de miracles se multiplient. Au XIXᵉ siècle, on compte jusqu’à 300 000 pèlerins par an, faisant de l’église l’un des sanctuaires les plus fréquentés de l’Ouest de la France.

Aujourd’hui encore, les fidèles déposent des intentions de prière et des ex-votos, perpétuant une tradition spirituelle vieille de plus de mille ans.

Ex-votos de pèlerins sur l’église de sainte-radegonde à Poitiers

Exemples d’ex-votos de pèlerins recouvrant les murs de l’église. (Auteur : Ovoid)

Sainte Radegonde, une présence toujours vivante

L’église Sainte-Radegonde de Poitiers est bien plus qu’un monument : elle est le témoin vivant de l’histoire religieuse de la ville, du destin hors du commun d’une reine devenue sainte, et de la continuité d’un pèlerinage ininterrompu depuis le VIᵉ siècle. Entre art roman, gothique angevin et ferveur populaire, elle demeure un lieu incontournable du patrimoine historique et spirituel français.

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