Boubaker El Hadj Amor : de l’Imam bâtisseur de la grande mosquée de Poitiers au séisme judiciaire de 2026

Pendant trois décennies, il a incarné l’islam institutionnel à Poitiers, jouant les médiateurs entre sa communauté et la République.
Aujourd’hui, Boubaker El Hadj Amor voit son édifice s’effondrer. Entre gel des avoirs, dissolution de ses structures et une mise en examen retentissante en ce début d’année, enquête sur la chute d’une figure locale devenue suspecte aux yeux de l’État.
Illustration symbolique de l'affaire Boubaker El Hadj Amor à Poitiers : mosquée, justice et finances.

Un bâtisseur au cœur de la cité poitevine

Arrivé à Poitiers au début des années 90, Boubaker El Hadj Amor n’était pas seulement un imam. Ingénieur de formation, il a apporté une rigueur de gestion qui a permis à la Communauté Musulmane de Poitiers (CMP) de sortir de l’ombre. Son œuvre majeure reste la Grande Mosquée de Poitiers. Un projet d’envergure, avec un minaret de 22 mètres de haut. Le chantier, débuté en 2003, témoigne de la persévérance de la communauté locale.

Cet ancrage local a toutefois été scruté dès septembre 2019 par les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot. Ils affirmaient alors que la mosquée avait été financée à hauteur de 400 000 euros par la fondation Qatar Charity, une organisation accusée de promouvoir une vision conservatrice de l’islam. Les auteurs pointaient également du doigt l’appellation de « Pavé des Martyrs » choisie pour la mosquée. Boubaker El Hadj Amor justifiait ce nom en référence à la bataille de Poitiers, l’édifice se situant sur la principale route empruntée par l’armée islamique, autrefois recouverte de pavés par les Romains. Une déclaration du fondateur à un média qatari avait alors marqué les esprits : « après la conquête par le sabre, nous voulons faire de ce centre islamique une nouvelle étape de la conquête musulmane mais d’une autre façon ». Voir la vidéo de cette interview en cliquant içi.

L’ombre des Frères Musulmans et de l’UOIF

L’imam de Poitiers n’a jamais caché son appartenance à l’ex-UOIF (Union des Organisations Islamiques de France, renommée Musulmans de France). Cette organisation, souvent décrite comme la branche française de la confrérie des Frères Musulmans, prône une vision globale de l’islam.

À travers l’IESH de Châteaudun (Institut Européen des Sciences Humaines), qu’il dirigeait, Boubaker El Hadj Amor formait les futurs cadres de cet islam « légaliste ». Pour les autorités, sous couvert de théologie, cet institut maintenait un logiciel idéologique favorisant un certain séparatisme, loin de la neutralité républicaine affichée.

2025 : L’année du basculement administratif

Le vent a tourné radicalement l’année dernière. L’État a activé des leviers de plus en plus coercitifs :

  • Juin 2025 : Un arrêté ministériel ordonne le gel des avoirs personnels de l’imam. Une mesure de police administrative qui vise à couper les circuits financiers suspectés d’opacité.
  • Septembre 2025 : Le coup de grâce tombe avec le décret de dissolution de l’IESH de Châteaudun. L’État démantèle ainsi le centre névralgique de son influence éducative et régionale.

Février 2026 : Le séisme judiciaire

L’affaire a pris une dimension criminelle majeure le 21 février 2026. Le Parquet National Antiterroriste (PNAT) a annoncé la mise en examen de Boubaker El Hadj Amor pour « financement d’entreprise terroriste ».

Les enquêteurs le soupçonnent d’avoir utilisé des structures humanitaires pour transférer des fonds vers l’organisation Hamas. Placé sous contrôle judiciaire, l’imam conteste fermement, invoquant des aides strictement civiles pour Gaza. Mais pour le tribunal, les preuves de flux financiers complexes justifient une surveillance étroite.

Quel avenir pour la Grande Mosquée de Poitiers ?

grande mosquée poitiers

Aujourd’hui, la situation place la gestion de la mosquée de la Cassette dans une position complexe. Si le culte continue, l’image de la communauté est lourdement entachée. Les fidèles se retrouvent pris en étau entre leur attachement à un leader historique et la gravité des faits reprochés.

Le « modèle poitevin », autrefois cité en exemple pour son dialogue apaisé, semble avoir vécu. La question est désormais de savoir si une nouvelle génération de responsables pourra reprendre le flambeau, loin de l’héritage pesant de la mouvance frériste.


À ce stade, Boubaker El Hadj Amor reste présumé innocent des faits de financement du terrorisme qui lui sont reprochés.

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