Le cinéma français avait les yeux rivés sur l’Olympia hier soir pour la 51e cérémonie des César, mais pour nous, l’événement était avant tout la présence de Benjamin Lavernhe en maître de cérémonie. Un choix prestigieux qui met en lumière un pur talent « made in Poitiers ».

Benjamin Lavernhe a évoqué ses racines à Poitiers dès l’ouverture de la soirée, lors de son discours d’introduction en tant que maître de cérémonie. Visiblement ému, il a raconté qu’à l’âge de 10 ans, il était allé voir le film The Mask au cinéma Le Castille, place d’Armes à Poitiers.
Il a décrit le choc visuel et artistique qu’il avait ressenti à l’époque, expliquant que ce moment avait marqué son imaginaire d’enfant et son futur désir d’être acteur, face à Jim Carrey assis au premier rang soulignant le caractère irréel pour lui de se retrouver à quelques mètres de son idole de jeunesse.
Une jeunesse pictavienne
Benjamin Lavernhe n’est pas seulement né à Poitiers, il y a forgé toute son identité. Véritable ambassadeur de la ville, il a grandi dans le quartier de l’église Saint-Hilaire et a fréquenté les établissements phares de notre cité :
Ses années lycée : Il a usé ses fonds de culotte sur les bancs du collège Saint Stanislas (Isaac de l’Etoile aujourdhui) avant de rejoindre l’hypokhâgne du lycée Camille-Guérin.
Ses débuts sur scène : C’est à la Maison des Trois Quartiers (M3Q) que le futur sociétaire de la Comédie-Française a découvert les planches, bien avant de conquérir Paris.
Ses passions pictaves : Entre deux cours, on pouvait aussi le croiser sur les courts du Stade Poitevin Tennis, une autre de ses passions d’enfance.
Le patron de la soirée
Hier soir, Benjamin Lavernhe a prouvé qu’un Pictavien pouvait diriger la plus grande soirée du 7e art avec un mélange d’humour fin et d’élégance. Entre deux remises de statuettes (notamment pour le grand gagnant Nouvelle Vague), il a su imposer son rythme, alternant autodérision et hommages vibrants, comme lors du César d’honneur remis à Jim Carrey. Sa prestation fut, de mon point de vue, très réussie.

Toujours attaché à ses racines
Tout comme Franck Ferrand, il n’hésite pas à parler régulièrement de notre ville lors de ses interviews.
Il semble être attachè à Poitiers où il revient régulièrement, notament pour retrouver ses parents qui habitent toujours là.
J’ai eu le plaisir de le voir en octobre 2024 sur la scène du TAP pour l’avant première du fil « En fanfare ».
Il a manifesté ses talents d’improvisations et sa capacité à nous faire rire à cette occasion.
C’est ce mélange d’élégance classique et de lâcher-prise total qui fait de Benjamin Lavernhe un acteur à part. Il possède cette « élasticité » propre aux grands acteurs de burlesque, capable de passer d’un texte de Molière à une improvisation absurde en un clin d’œil.
De Poitiers à la Comédie-Française : un parcours d’excellence.
Après ses années en hypokhâgne à Poitiers, il rejoint Paris et intègre le Cours Florent, puis le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique. Son talent est tel qu’il entre à la Comédie-Française en 2012, dont il devient sociétaire en 2019. Sur les planches, il brille aussi bien dans Molière que dans des créations contemporaines.
La révélation au grand public
C’est au cinéma que sa carrière décolle véritablement avec des seconds rôles marquants :
– « Le Sens de la fête » (2017) : Son rôle de marié nerveux et hautain lui vaut sa première nomination aux César et le fait connaître du large public.
– « Mon inconnue » (2019) : Il y incarne le meilleur ami drôle et fidèle, un rôle qui confirme son immense capital sympathie et son timing comique parfait.
Un acteur de premier plan
Il a récemment franchi une nouvelle étape avec des rôles plus dramatiques et intenses :
– « Le Discours » (2021) : Il porte tout le film seul ou presque, avec une performance acclamée par la critique.
– « L’Abbé Pierre : Une vie de combats » (2023) : Son interprétation magistrale de l’icône française marque les esprits et assoit définitivement son statut d’acteur de premier rang.
– Maître de cérémonie des César : En animant la 51e édition de la cérémonie, il rejoint le cercle très fermé des acteurs capables de porter l’image du cinéma français.
En résumé, sa carrière se définit par une polyvalence rare : il navigue avec une aisance totale entre le théâtre classique le plus prestigieux, la comédie populaire et le drame biographique intense.

